Oleg Sentsov se meurt, Poutine reste de glace

Le monde s’est mobilisé pour obtenir la libération d’Oleg Sentsov. Chacun a espéré un geste, sinon de justice, mais de miséricorde de la part de Poutine. Bien au contraire, l’homme du KGB est resté insensible à toutes les supplications les plus diverses. Plus de cent personnalités du monde de la culture et des arts ont imploré la grâce de leur collègue Oleg Sentsov. Parmi les signataires, on retrouve le metteur en scène Jean-Luc Godard, le metteur en scène britannique Ken Loach, le Canadien Devid Kronenberg et la ministre de la Culture française Françoise Nissen. On a cru naïvement que la grande fête fraternelle du Mondial de football en Russie aurait été couronnée par une amnistie en faveur des prisonniers politiques. On s’est trompé. La libération de Oleg Sentsov aurait pu justifier les familiarités que s’est permises Emmanuel Macron avec Poutine en le tutoyant publiquement. Même pas ! Le Kremlin est resté de marbre. On n’attendrit pas aussi facilement les bourreaux.

Le 14 août, la journaliste Zoïa Svetova a été autorisée à rencontrer Oleg Sentsov dans la prison « Ours blanc » au nord de la Sibérie. L’entretien a duré deux heures. Elle était accompagnée de trois membres du personnel pénitencier, dont un colonel. La journaliste a trouvé Oleg Sentsov très affaibli. On savait par son avocat qu’il ne se levait plus depuis le 8 août.

Le 9 août, Oleg Senstov est entré dans la dernière phase qu’endure un gréviste de la faim. Au début, on s’habitue à la faim. Ensuite, des transformations apparaissent dans le corps. Troisième étape, le gréviste vit avec ces changements. Lors de la quatrième étape, les organes commencent à refuser de fonctionner. Il s’agit de problèmes de cœur, d’anémie causée par la baisse du taux d’hémoglobine et d’une faiblesse générale. Son avocat a dit qu’on lui perfuse un mélange nutritif qu’il accepte, mais cela est insuffisant pour le sauver.

Oleg Sentsov a perdu 17 kg. Les organes intérieurs peuvent refuser de fonctionner à tout moment.  

Poutine devrait se rappeler le destin du dissident d’Anatoly Martchenko et le sort du régime soviétique qui le maintenait au Goulag. Le 4 août 1986, Martchenko avait entamé une grève de la faim pour exiger la libération de tous les prisonniers politiques en URSS. Il a jeûné 117 jours et est mort d’épuisement quelques jours après sa libération. L’Union soviétique a ensuite disparu très rapidement. La condamnation de Oleg Sentov est une violation du droit et de la justice aussi criarde que l’ont été celles des dissidents soviétiques, tels Alexandre Soljenitsyne et bien d’autres.

La mansuétude grandit ceux qui la prodiguent. La cruauté condamne les bourreaux et leur régime. Poutine a déclaré que la chute de l’Union soviétique a été une catastrophe. C’est son Goulag qui a condamné l’URSS. Puisse-t-il tirer, les leçons de son passé pour ne pas avoir à le revivre !

Émue par le martyre d’Oleg Sentov, Marie-Claude Chevalier a écrit une lettre à Poutine. Je la joins. avec sa permission.

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